Mouvement lycéen : éducation nationale, inégalités entre lycées et colère d'une génération
Depuis la rentrée 2026, lycées et facs se mobilisent sans que la colère ne faiblisse. Trois sources aident à comprendre cette colère : une analyse des votes à l'Assemblée, deux reportages de Reporterre et le regard d'un spécialiste de la ségrégation scolaire. Elles font apparaître trois moteurs : les moyens, les inégalités entre établissements et une inquiétude générationnelle plus large.
La mobilisation des lycéens et des étudiants entamée à la rentrée 2026 dure depuis des semaines. Quatre publications récentes aident à comprendre pourquoi elle ne retombe pas :
- une enquête de Bon Pote sur les votes budgétaires ;
- deux reportages de Reporterre en Seine-Saint-Denis, à Paris et à Toulouse ;
- un entretien de Clément Viktorovitch avec l'économiste Youssef Souidi.
Une mobilisation lycéenne installée dans la durée#
D'après Bon Pote, trois sujets ont déclenché le mouvement dès la rentrée : le budget de l'éducation, les conditions d'apprentissage et la précarité étudiante.
Après les vacances de la Toussaint, la mobilisation lycéenne se poursuit. Le 5 novembre, jour de grève générale, Reporterre décrit deux scènes :
- à Aubervilliers, plusieurs centaines de jeunes rassemblés toute la matinée devant les établissements Henri Wallon et Le Corbusier, face aux gendarmes mobiles ;
- à Paris, un cortège si dense qu'il peine à avancer.
Le journal présente les cortèges et les blocus, c'est-à-dire les blocages des lycées, comme un exutoire pour de nombreux élèves mobilisés. Les documents ne fournissent en revanche ni décompte des lycées bloqués ni bilan d'interpellation.
Le mouvement a aussi gagné l'université. Selon un second reportage de Reporterre, la faculté Toulouse-Mirail est bloquée depuis le début du mouvement. Des étudiants ont décidé de bloquer le campus début octobre pour deux raisons : la répression du mouvement lycéen, et de nombreuses revendications qu'ils disent partager avec les lycéens. Ils inscrivent ce blocage dans le mouvement social plus large.
Budget en hausse ou moyens en recul : ce que montrent 99 votes#
L'enquête de Bon Pote porte sur environ 13 000 scrutins publics de l'Assemblée nationale, entre 2022 et début octobre 2026. Parmi eux, 99 concernent les moyens de l’éducation, de l'école primaire au supérieur : un périmètre plus large que le seul budget de l'éducation nationale. Les sujets non budgétaires sont exclus. Vingt et un votes jugés difficiles à trancher sont commentés mais retirés des statistiques.
Le résultat décrit est un clivage net :
- les groupes de gauche (LFI, socialistes, écologistes, communistes) soutiendraient l'augmentation des moyens dans environ 90 % des cas ;
- Les Républicains, le Rassemblement national et l'UDR, dans 40 % des cas ;
- le bloc central s'opposerait régulièrement à plusieurs mesures : la hausse des effectifs d'AESH, la titularisation des contractuels, le recrutement de psychologues scolaires ou le financement des universités.
Ces classements relèvent de la méthode propre à Bon Pote. Le média a qualifié chaque mesure à partir d'entretiens avec des experts et de publications scientifiques.
Une dépense par élève inférieure aux voisins, sauf au lycée
Bon Pote cite une étude d'octobre 2026 des chercheuses Élise Huillery et Romane Paris. La France consacre 5,4 % de son PIB à l'éducation, contre 5 % en moyenne dans les autres grandes économies européennes et nord-américaines. Les chercheuses y voient pourtant un « sous-investissement inquiétant ». Du primaire au supérieur, le pays dépenserait 15 à 20 % de moins par élève que ses voisins, excepté au lycée. Autre indicateur : le salaire d'entrée des enseignants du secondaire serait passé de 2,1 fois le SMIC dans les années 1980 à 1,04 fois aujourd'hui.
Ce détail éclaire le débat. La dépense moyenne par lycéen n'est pas en retrait. La colère exprimée sur le terrain porte donc aussi sur la répartition des moyens entre établissements.
D'un lycée à l'autre, des conditions inégales pour chaque lycéen#
À Aubervilliers, les lycéens dénoncent auprès de Reporterre des conditions matérielles concrètes : des locaux surchauffés l'été et glacés l'hiver, des professeurs de français absents l'année du bac. Leurs témoignages ne parlent pas d'emplois du temps surchargés. « Pendant la canicule, nous n’avions qu’un seul ventilateur pour 30 personnes. », raconte Ahmed, lycéen de 17 ans, qui juge les lycées parisiens mieux dotés. À Saint-Denis, Nour est mobilisée au lycée Rosa Parks. Elle explique que les revendications sur la chaleur ont pris de l'importance après l'été, car les bâtiments ne suivent plus la hausse des températures.
C'est la question qu'aborde Youssef Souidi, docteur en économie et spécialiste de la ségrégation scolaire, invité de l'émission FIGURES de Clément Viktorovitch. Selon la description de la vidéo, l'entretien porte sur les budgets de l'éducation nationale, l'égalité entre les établissements, Parcoursup et les causes des mobilisations actuelles. Faute de transcription dans les documents consultés, on peut seulement noter que les écarts entre établissements y sont centraux. Bon Pote rapporte de son côté l'avis des experts consultés : l'enjeu du financement du privé tient surtout au manque de mixité sociale dans certains établissements.
À l'université, des départs non remplacés plutôt que des suppressions de postes annoncées#
Dans le supérieur, Bon Pote évoque un budget en chute libre. À Toulouse, la maîtresse de conférences Mireille Bruyère donne deux exemples à Reporterre. La gouvernance n'a décidé de recruter, pour 2026, que la moitié des personnels partant à la retraite. Elle ajoute : « Tous les départements ont aussi vu leur budget baisser de 75% ».
Les étudiants mobilisés dénoncent :
- les coupes budgétaires ;
- le manque de moyens et d'enseignants ;
- la plateforme Mon Master ;
- le décret Bienvenue en France, qui prévoit une hausse des frais d'inscription pour les étudiants étrangers non européens.
Le reportage relate une première expulsion le 2 octobre, avec coups de matraque et tirs de pistolet à impulsion électrique. La présidente de l'université a ensuite fermé administrativement le campus, ce qui a contraint les personnels et les étudiants à suivre les cours en visioconférence. Les occupants ont répondu par un programme de cours et d'ateliers autogérés, avec une vingtaine de propositions par jour.
Une colère qui dépasse les moyens de l'éducation nationale#
Reporterre décrit un fond d'inquiétude plus large. Parcoursup y apparaît comme le symbole d'un avenir empêché. Mais ces lycéens en colère citent aussi la montée du racisme, les violences policières, la crainte d'un virage autoritaire, le climat et l'intelligence artificielle. Le journal rappelle que 65 % des jeunes Français sont touchés par des troubles de l'anxiété. La psychologue Emmanuelle Delrieu observe que ces jeunes transforment leurs angoisses en action dans les manifestations. Plusieurs témoignent d'un fort sentiment de communauté.
Les voix absentes des documents
Ce dossier comporte des angles morts :
- aucune réaction du ministre de l’éducation nationale, Édouard Geffray, ni du Premier ministre Sébastien Lecornu n'y figure, et les annonces gouvernementales éventuelles n'y sont pas détaillées ;
- on n'y entend pas les organisations lycéennes, l'Union étudiante ou le Syndicat national des enseignements de second degré, ni plus largement les personnels de l’éducation du secondaire ;
- le projet de budget 2027 et son chiffrage, au milliard d’euros près, restent hors champ.
D'après les seules sources disponibles, les blocages et les cortèges répondent donc à des motifs imbriqués : conditions matérielles, écarts entre établissements et inquiétude sur l'avenir.
Questions fréquentes#
Quel est le budget prévu pour les enseignants en 2026 ?
Les documents ne donnent ni ce montant ni la position du ministre de l'éducation sur ce point. Bon Pote indique que le bloc central a refusé les propositions d'augmentation. Le salaire d'entrée dans le secondaire est passé de 2,1 à 1,04 fois le SMIC depuis les années 1980.
Combien coûte un lycéen pour l'État ?
Aucun montant par lycéen n'est fourni. L'étude citée par Bon Pote indique seulement que le lycée est le seul niveau où la France ne dépense pas 15 à 20 % de moins par élève que ses voisins.
Que se passe-t-il avec la grève des lycées ?
Selon Reporterre, le mouvement continue : rassemblements devant des établissements de Seine-Saint-Denis et grève générale le 5 novembre à Paris. Une université est par ailleurs occupée à Toulouse depuis début octobre. Les blocages dans les lycées ne sont pas recensés précisément dans les documents.
Ce qui est établi, ce qui reste discuté#
- Établi par plusieurs sources : la mobilisation dure depuis la rentrée 2026 et s'étend aux universités. Les moyens matériels et budgétaires sont au cœur des revendications des lycéens et des étudiants.
- Établi selon une seule source : le classement des partis repose sur la méthode propre à Bon Pote. Les chiffres de dépense par élève proviennent d'une étude de deux chercheuses. Les données sur l'université Jean-Jaurès viennent d'une enseignante de l'établissement. La comparaison avec Paris est le ressenti d'un lycéen d'Aubervilliers.
- Discuté : le poids respectif du budget, des inégalités entre établissements et des angoisses générationnelles dans la durée du mouvement. Les circonstances de l'expulsion du 2 octobre sont rapportées par Reporterre et les étudiants, sans version de la présidence ou des autorités dans les documents.
Pour aller plus loin#
Les publications croisées
- « Ils ont peur de vivre en dictature » : l'angoisse de la Gen Z, un carburant des mobilisations
- Une université libre et autonome : l'expérimentation d'une fac occupée à Toulouse
- Quels partis ont voté pour donner le plus de moyens à l’éducation ?
- Pourquoi la colère des lycées ne va pas retomber - Youssef Souidi - FIGURES
Comment cet article est fait : une intelligence artificielle a croisé les publications listées ci-dessus, en s’appuyant uniquement sur leur contenu, puis des contrôles automatiques ont vérifié les citations et les sujets sensibles. Une erreur ? Écrivez à contact@contrechamp.org, nous la corrigerons visiblement (corrections, droit de réponse).