COP31 à Antalya : la Turquie accueille une COP sous tension entre charbon et lobbies
La 31e conférence des Nations unies sur le climat s'ouvre à Antalya alors que le réchauffement s'approche de 1,5 °C. Le pays hôte développe le charbon et réprime ses contestataires, et les lobbyistes fossiles restent présents jusque dans les délégations européennes. Voici ce que plusieurs publications établissent, et ce qui reste ouvert.

La conférence des Nations unies sur le climat s'ouvre ce lundi à Antalya. Selon Mediapart, la COP31 se tient du 9 au 20 novembre 2026, dans un contexte de crise pétrolière et alors que le monde est en passe de dépasser 1,5 °C de réchauffement. Organisées dans le cadre de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), ces conférences réunissent quelque 196 nations, rappelle Reporterre. Ce même article situe toutefois la clôture au 21 novembre, quand Mediapart et une autre brève de Reporterre indiquent le 20 : un écart de calendrier que les documents ne permettent pas de trancher.
En croisant les publications de la semaine, trois lignes de tension apparaissent. Un seuil climatique est sur le point d'être franchi. Le pays hôte mise sur le charbon tout en réprimant ses contestataires. Les intérêts fossiles restent présents dans les délégations, y compris française. Reste à savoir ce qu'un tel sommet peut produire.
Ce que dit le Programme des Nations unies pour l'environnement sur le dépassement de 1,5 °C#
Le 2 novembre, l'Initiative internationale pour le climat de la cryosphère (Icci) et le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue) ont publié conjointement deux rapports sur les glaces de la planète, rapporte Reporterre. Leur message central : dépasser 1,5 °C, même temporairement, pourrait provoquer des dégâts irréversibles. James Kirkham, scientifique en chef à l'Icci, y souligne que chaque fraction de degré supplémentaire et chaque année passée au-delà du seuil aggravent les conséquences.
Celles-ci sont détaillées : élévation de plusieurs mètres du niveau des mers sur plusieurs siècles, pénuries d'eau dans les régions qui dépendent des glaciers ou de l'enneigement, éboulements et glissements de terrain dans les massifs fragilisés par la fonte du pergélisol. Reporterre rapproche ce dernier risque de l'effondrement survenu fin août au Népal sur le mont Langtang Lirung, qui a fait 1 403 morts et 6 150 disparus, et rappelle que les glaciers suisses ont perdu 20 % de leur glace en cinq ans. La montée des mers concerne au premier chef les littoraux et les États insulaires, des îles du Pacifique à Tuvalu, mais les documents consultés ne disent rien de la position que ces pays défendront à la COP31.
Pour limiter les dégâts, les scientifiques jugent nécessaire de ramener les températures sous 1,5 °C au plus vite. Cela suppose une réduction des émissions mondiales d'au moins 5 % par an dès maintenant et la neutralité carbone vers le milieu du siècle. La recette, selon eux, est connue : accélérer la sortie des énergies fossiles et réduire les émissions de méthane et de carbone suie. C'est à cette aune que se mesure l'objectif de 1,5 °C associé à l'accord de Paris.
À Antalya, l'électrification et l'adaptation au programme#
D'après Mediapart, les États plancheront pendant ces deux semaines sur l'électrification de la demande énergétique et sur l'adaptation au changement climatique. Le premier chantier rejoint la recommandation des scientifiques : remplacer les usages directs du pétrole et du gaz par de l'électricité est l'un des leviers de la transition énergétique, d'autant plus discuté en période de crise pétrolière. Le second renvoie aux effets déjà visibles que décrivent les rapports sur la cryosphère.
Les documents disponibles restent en revanche muets sur plusieurs dossiers habituellement suivis dans les négociations internationales sur le climat : l'existence ou non d'une feuille de route pour sortir des combustibles fossiles, les financements destinés aux pays vulnérables, le financement climatique en général ou le traitement des pertes et préjudices. Ils ne précisent pas non plus les priorités affichées par le président de la COP31. L'article de Mediapart étant réservé aux abonnés, seul son chapô est ici exploité : il serait hasardeux d'en déduire l'ambition réelle de l'agenda.
La Turquie, hôte charbonnier qui réprime ses contestataires#
Le paradoxe est relevé par deux médias. Mediapart indique que le pouvoir turc veut produire toujours davantage de charbon, malgré la destruction de l'environnement, la mort de mineurs et celle d'habitants voisins des centrales ; dans le sud-ouest du pays, le village d'Ikizköy tente de résister. Dans son entretien à Reporterre, la sociologue écoféministe Pinar Selek, exilée en France depuis 2010, évoque la mobilisation, depuis 2023, de défenseurs de l'environnement, de paysans et de riverains contre l'extension d'une mine de charbon qui menace la forêt d'Akbelen, non loin du lieu du sommet. Selon elle, ces opposants pacifiques ont fait face à des gaz lacrymogènes, des canons à eau, des arrestations et des intimidations.
La répression décrite dépasse le terrain écologique. Reporterre rapporte qu'à l'aube du 13 septembre, les autorités ont lancé une vague coordonnée de dizaines d'arrestations visant la communauté LGBT+ et des défenseurs des droits humains, dans une opération présentée comme une réponse à la baisse de la fécondité. Le parquet d'Ankara a ensuite annoncé une enquête pour obscénité. En juillet, avant un sommet de l'Otan organisé dans le pays, plus de 200 personnes soupçonnées d'appartenance à des organisations armées ont été arrêtées, parmi lesquelles des militants écologistes, selon la sociologue.
Pour Pinar Selek, l'enjeu dépasse la conférence : « Cette COP servira de vitrine à Recep Tayyip Erdogan, c'est évident. » Elle reproche aux grandes puissances, dont la France, de légitimer le pouvoir en place, et cite la réunion de fin octobre entre le président turc et les ministres des Affaires étrangères de sept pays. Il s'agit d'une analyse personnelle, formulée par une chercheuse elle-même toujours poursuivie par la justice de son pays.
Lobbies fossiles : la France parmi les délégations les plus ouvertes#
Troisième ligne de tension : la place des intérêts fossiles dans les conférences climat. Une brève de Reporterre s'appuie sur un rapport publié le 2 novembre par l'ONG Corporate Europe Observatory. Entre la COP28 et la COP30, soit de 2023 à 2025, la Commission européenne et les États membres ont intégré 332 représentants des industries fossiles à leurs délégations officielles. La France en a emmené 48, au deuxième rang derrière l'Italie (55) et devant la Belgique (47), et a invité à deux reprises le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné. L'ONG relève aussi que de nouveaux contrats gaziers ont été signés à l'occasion de la COP29.
Le contexte éclaire ces chiffres : selon Reporterre, plus de 1 600 lobbyistes des énergies fossiles étaient présents à la COP30 au Brésil, et TotalEnergies a enregistré 7,4 milliards d'euros de bénéfices nets au troisième trimestre 2026 tout en prévoyant d'augmenter sa production de pétrole et de gaz d'ici 2035. Corporate Europe Observatory appelle les États membres à ne pas inviter ces lobbyistes cette année. La composition de la délégation française pour ce sommet ne ressort pas des documents consultés.
COP31 en Turquie : que peut-on vraiment attendre ?#
Mises bout à bout, ces publications dessinent un écart entre l'urgence décrite par les scientifiques et les signaux envoyés par plusieurs acteurs. D'un côté, une baisse des émissions d'au moins 5 % par an ; de l'autre, un pays hôte qui accroît son exploitation du charbon et des délégations qui, lors des précédentes COP, ont accueilli des représentants d'entreprises prévoyant d'augmenter leur production. La lutte contre le changement climatique se joue aussi sur la crédibilité de ceux qui la portent.
Pour autant, l'issue n'est pas écrite. L'électrification et l'adaptation sont des chantiers concrets de l'action climatique, et une COP reste l'un des rares espaces de coopération climatique internationale où quelque 196 nations négocient ensemble. La question d'une transition juste, qui tienne compte des mineurs, des riverains des centrales et des paysans mobilisés contre le charbon, trouve d'ailleurs un écho direct dans les témoignages venus du pays hôte. Mais rien dans les documents ne permet de dire si les engagements pris à Antalya seront à la hauteur, ni comment ils seront confrontés au bilan mondial des efforts climatiques.
Ce qui est établi, ce qui reste discuté#
Établi
- La COP31 s'ouvre le 9 novembre 2026 à Antalya, selon Mediapart et Reporterre.
- Deux rapports de l'Icci et du Pnue, publiés le 2 novembre, alertent sur les effets irréversibles d'un dépassement de 1,5 °C, même temporaire.
- Le développement du charbon par le pays hôte et les résistances locales sont décrits par deux sources distinctes (Mediapart, entretien de Reporterre).
- Les chiffres sur les lobbyistes fossiles dans les délégations européennes proviennent d'un rapport de Corporate Europe Observatory, relayé par Reporterre.
Discuté ou incertain
- La date de clôture : 20 novembre selon deux articles, 21 novembre selon un troisième.
- La qualification du régime et le rôle de vitrine prêté au sommet relèvent de l'analyse de Pinar Selek.
- Le contenu précis de l'agenda, une éventuelle feuille de route sur les fossiles et le volet financier ne sont pas documentés ici.
- La composition de la délégation française cette année reste inconnue.
Pour aller plus loin#
- Mediapart : En Turquie, un sommet climat pour éviter tout recul face à la surchauffe planétaire
- Mediapart : Hôte de la COP31, la Turquie continue à exploiter du charbon en balayant les protestations citoyennes
- Reporterre : entretien avec Pinar Selek
- Reporterre : lobbyistes fossiles emmenés aux COP climat
- Reporterre : les conséquences d'un +1,5 °C, même temporaire, seront irréversibles
Les publications croisées
- Hôte de la COP31, la Turquie continue à exploiter du charbon en balayant les protestations citoyennes
- En Turquie, un sommet climat pour éviter tout recul face à la surchauffe planétaire
- Pinar Selek : « La COP31 participera à légitimer le pouvoir autoritaire d'Erdogan »
- Lobbyistes fossiles emmenés aux COP climat : la France sur le podium des pires délégations
- Glaciers, régions polaires... Les conséquences d'un +1,5 °C, même temporaire, seront irréversibles
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